Par-alarab tv- Roger-Philippe Bertozzi
La Dignité et l’Humanisme sont le nord et le sud de la Boussole morale de l’humanité
Le grand paradoxe du monde d’aujourd’hui c’est de répondre à l’interconnexion des problèmes par la fragmentation des politiques, et à l’interdépendance des sociétés par le recul du multilatéralisme, l’effritement des solidarités et la divergence des diplomaties.
Le nombre, l’ampleur et l’urgence de nos défis collectifs ont au moins l’avantage deporter un message essentiel : ce que l’on appelle abstraitement le système international est en réalité une vraie communauté humaine internationale.
L’honneur de l’engagement citoyen et en politique c’est de travailler à ce que cette communauté fonctionne fraternellement, car elle aspire universellement aux valeurs de dignité, de liberté, de sécurité, de justice, d’épanouissement et de responsabilité envers les générations futures.
Les citoyens du monde aspirent à une forme de gouvernance globale conçue comme la gestion collective et collaborative des problèmes et des progrès communs.
Ce qu’on appelle les valeurs universelles c’est l’universalité des besoins et des droits fondamentaux, c’est l’appel, la soif fondamentale de la nature humaine, notre aspiration naturelle et universelle au bonheur, à la coexistence harmonieuse, à la spiritualité, à aimer et être aimé ; à bien autre chose et à infiniment plus que la satisfaction de nos besoins.
Consciemment ou confusément, les individus et les peuples aspirent au Bien Commun, c’est-à-dire le bien d’autrui conçu comme notre bien propre.
Plus que jamais, cette visée du Bien Commun s’exprime par une exigence de décisions jouissant d’une légitimité universelle pour à la fois régler les problèmes de l’humanité, accélérer et amplifier ses avancées et ses progrès, et garantir leur caractère éthique, bénéfique et pacifique.
Le principe fondamental de la dignité de la personne humaine, et ce que l’humanisme a d’universel, sont plus que jamais nécessaires face aux défis mondiaux, aux inégalités, aux menaces globales existentielles, mais aussi pour faire de la merveilleuse intelligence collective de l’humanité une source de prospérité partagée, de progrès responsable et inclusif, de richesse culturelle et de joie de vivre – oui, la joie est un droit de l’homme !
Les trois religions du Livre ont chacune mis la dignité humaine au centre de leur message. Le judaïsme avec la création d’Adam et Ève à l’image de Dieu. Le christianisme avec l’incarnation de Dieu dans l’homme par Jésus. L’islam par la dignité – karamah – conférée par Allah à Adam et à sa descendance, c’est à dire à toute l’humanité sans distinction, et avec l’image sublime et cosmique de la prosternation des anges devant Adam.
D’autres traditions religieuses et spirituelles ont aussi donné à la personne humaine un caractère sacré.
C’est cette éminente dignité de la personne humaine qui a été exaltée par Jean Pic de la Mirandole dans son « Discours sur la dignité de l’homme » de 1486, acte philosophique fondateur de l’humanisme européen, qui affirma aussi l’égale dignité de toutes les cultures et de toutes les traditions spirituelles.
C’est ce socle qui donna naissance à la Renaissance, aux Lumières, à la démocratie libérale, à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948, et plus largement à tout l’édifice de l’expansion des droits et des grands textes multilatéraux depuis l’après deuxième guerre mondiale jusqu’à nos jours.

En 1947 l’UNESCO conduisit une étude sur les cinq continents à la demande de l’ONU pour préparer la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948, qui fut rendue possible et forte parce que ce travail préparatoire conclut que dans toutes les régions du monde, que dans la diversité humaine et que dans les particularités culturelles, on rencontrait une aspiration à une vie digne.
Aujourd’hui le principe de la dignité de la personne humaine est invoqué en préambule ou dans les premiers articles de toutes les grandes Conventions et Déclarations internationales ainsi que dans les Constitutions de la plupart des États de la planète.
Ainsi, il est manifeste que la notion de dignité humaine, et l’humanisme universel qui la sous-tend, sont à la fois le fondement du dialogue des civilisations et entre les cultures et les religions ou traditions spirituelles, et le principe directeur de la gouvernance mondiale orientée envers le Bien Commun de l’humanité.
Reste que cette notion si riche et si fondamentale de la dignité humaine est insuffisamment utilisée comme pont intellectuel, moral et spirituel entre tous les êtres ; et que bien qu’elle soit la base des principaux textes multilatéraux, il n’y a à ce jour aucun texte multilatéral sur la dignité humaine.
C’est pour palier à ces manques et pour déployer le pouvoir reliant, mobilisateur et vertueusement transformationnel de la notion de dignité de la personne humaine et de la visée d’un humanisme universel que le Sommet de Fès et sa Déclaration sont proposés.
Notre monde en bouleversement a besoin d’un multilatéralisme multipolaire qui l’aide à se réinventer, à conjoindre la dignité de l’homme et la dignité de la planète – car on ne peut pas vivre une vie digne dans un environnement dévasté -, et à se laisser guider par une diplomatie de la dignité, la « Karamah Diplomacy ».
-Roger-Philippe Bertozzi
Philosophe et expert en relations et négociations internationales
Co-président du Comité de Fès pour la Dignité Humaine et l’Humanisme Universel
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